Pas toujours facile de travailler au Japon. Pourtant, Christine Meguro a su y construire sa crédibilité de professionnelle, malgré des couleuvres à avaler, des défis à relever... Un article de notre partenaire, la Lettre Mensuelle de la Chambre de Commerce et d'Industrie Française du Japon.
Elle voulait devenir astronaute, mais à 16 ans, a dû se faire à l’idée que ce serait "plus difficile que prévu". Quelques années plus tard - en 1991 -, au lieu de voyager d’une étoile à l’autre, elle est nommée directeur financier d’une usine Motorola à Sendai.
Un monde - une galaxie - la sépare de ses collaborateurs : elle est une femme, occidentale, jeune, ne parle pas le japonais, n’est pas mariée mais est venue au Japon pour rejoindre son compagnon... Comment s’est-elle embarquée dans cette aventure ?
La vie d’avant le Japon
"J’ai décroché mon premier emploi à la Générale de chauffe. J’avais terminé mes études aux États-Unis et n’avait qu’une seule envie : y retourner."
Son sang ne fait qu’un tour quand elle déniche une annonce sur le magazine de l’APEC : "Société américaine recherche un contrôleur de gestion, 1 ou 2 ans d’expérience".
Rapidement, elle décroche le job et rejoint le bureau de Toulouse de Motorola. Elle se spécialise dans la comptabilité analytique et forme, après quelques mois, une équipe en Allemagne, puis s’envole pour l’Amérique.
En 1989, elle y rencontre celui qui deviendra son mari. Il est Japonais, travaille pour Motorola et se rend aux États-Unis pour, entre autres choses, apprendre l’anglais. Passées les quelques tergiversations d’ordre privé, Christine Meguro se rend au Japon pour ses vacances et y rencontre le directeur financier de la filiale locale de Motorola.
Le groupe US s’apprête à monter une nouvelle usine, à Sendai ; elle dispose de l’expertise technique nécessaire pour occuper le poste de directeur financier, c’est suffisant du point de vue américain, pas pour les Japonais. C’est ce qu’elle comprendra plus tard.
L’usine de Sendai
"En février 1991, j’ai intègré l’usine d’Aizu pour un stage d’acclimatation aux pratiques japonaises. Je me suis bien entendue avec le directeur financier du site. Quand je suis partie à Sendai, il est devenu mon allié essentiel."
En mai, elle rejoint son nouveau poste. À son arrivée, Christine Meguro est vite fixée sur l’accueil qui lui est réservé : les 4 professionnels japonais avec lesquels elle devra travailler ne veulent pas parler anglais, quant au collègue nippo-américain, il la prend tout de suite en grippe et lui lance qu’il ne veut pas travailler avec elle !
"J’ai compris qu’il me faudrait apprendre le japonais... Et vite!"
Chaque matin, la réunion de 2 heures en japonais sur le lancement de l’usine est une épreuve. Un des membres de l’équipe, lui fait des synthèses, mais vite elle doit se débrouiller seule.
Incommunicabilité
Quand le responsable de l’usine veut lui demander un document, il téléphone au directeur financier d’Aizu. Ce dernier fait le lien, gentiment. Christine Meguro serre les dents, évite toute confrontation directe, jusqu’au bouclage du premier budget après lequel la confiance s’installe progressivement.
En juillet 1993, elle quitte l’usine à l’occasion de son premier congé de maternité. Direction Tokyo où elle reprend le travail tout en assumant son rôle de maman.
"Le regard des mères japonaises m’a marqué : beaucoup d’entre elles ont fait le sacrifice de leur vie professionnelle et acceptent mal le fait que j’ai pu, avec mon mari, tout mener de front. Au Japon, j’observe que l’échelon hiérarchique ne compte pas. Le fait que j’assume des responsabilités professionnelles ne doit pas, à leurs yeux, m’empêcher d’être très présente dans la vie de l’école".
La vie d’après Motorola
En 2000, Christine Meguro quitte Motorola pour la société française Biomérieux. Mais quelques mois après son embauche, son mari est muté à Kobe. "Nous avons vécu à la japonaise : l’épouse reste avec les enfants quand son conjoint part dans une autre ville. Sauf que je travaillais !", se souvient-elle.
Après quelques mois, elle finit par rejoindre son mari, et pour la première fois de sa vie endosse le rôle de femme au foyer. 18 mois plus tard, un concours de circonstances lui permet de réintégrer Biomérieux, et après 2 ans et demi, elle relève un nouveau défi avec Petit Bateau.
"La vie en entreprise française est très différente de celle dans une structure américaine. J’ai toujours étés françaises soient prêtes à confier une mission de cet ordre à un employé étranger."