Un récent sondage démontre que les inégalités de genre sont encore criantes dans le secteur privé japonais, où les femmes, mises à l'écart des postes de direction, occupent la plupart des emplois précaires

En 2010, les féministes japonaises ont encore du pain sur la planche, comme le montre un récent sondage sur la condition des femmes dans les entreprises.
Effectué auprès des sections ressources humaines de 110 grandes entreprises, le sondage montre que les inégalités devant l'emploi entre hommes et femmes sont encore bien présentes au Japon, malgré les efforts législatifs des autorités.
Dans les entreprises interrogées, 5,4 % en moyenne des chefs de "petits départements" sont des femmes, et 2,5% seulement dans les "grands départements".
Quant aux postes de direction, seuls 1,4% sont tenus par des femmes. Sur ce dernier point, on est loin des chiffres d'autres pays développés, tels que l'Allemagne ou les Etats-Unis, tous deux autour de 40%!
Pourtant, cela fait déjà 25 ans que le Japon a entériné une loi pour promouvoir la parité dans l'accès à l'emploi.
Mais le sondage semble confirmer les dires de ceux qui affirmaient que la loi avait uniquement été votée pour conforter l'image internationale du Japon à l'étranger, peu après que les Nations Unies aient fortement mis l'accent sur la parité au travail.
Le gouvernement actuel a par ailleurs fixé un objectif de 30% des positions des positions de cadres supérieurs pour les femmes d'ici à 2020.
Mais selon le sondage, effectué par l'agence Kyodo, cette volonté politique se heurtera peut être à la réalité de la mentalité dans les entreprises de l'archipel.
A la question "quel pourcentage de femmes souhaiteriez vous voir tenir des positions de management", les réponses moyennes ont été de 18,6% pour les postes de chef de section, 15,4% pour les postes de chefs de département, et 14,4 pour les postes dirigeants.
Pour expliquer leur réticence à employer des femmes, les sondés ont expliqué entre autres que les femmes devraient élargir leurs perspectives, qu'elles devraient être plus flexibles, et qu'il était inconvenant pour les entreprises qu'elles démissionnent tôt.
Par ailleurs, le sondage essaye également d'expliquer un problème important : ce sont la plupart du temps les femmes qui obtiennent les postes les plus précaires.
Selon des statistiques gouvernementales, 70% des emplois au noir sont occupés par des femmes, un chiffre qui aurait peu évolué depuis 20 ans.
72% des entreprises interrogées ont avancé comme explication le fait que les femmes ne pouvaient pas garder leur poste longtemps, démissionnant pour s'occuper de leurs enfants.
La tradition pèse donc encore lourd sur les femmes japonaises, supposées quitter leur emploi pour devenir femme au foyer à la naissance de leurs enfants.
Cependant, la tendance générale n'est pas si négative : toujours selon ce sondage, 27,7% des personnes en lice pour des postes de management sont des femmes, et de plus en plus d'entreprises prennent d'elles même des mesures pour remédier à ces inégalités.
C'est en tout cas ce qu'affirment 75% des entreprises interrogées, qui ont déclaré prendre des dispositions pour aider les mères qui travaillent à garder leur emploi.
Mais la cause de cette nouvelle inclinaison n'est pas une soudaine prise de conscience féministe. Selon certains analystes, c'est la baisse du nombre d'actifs dans la société, combinée au vieillissement de la population, qui crée le besoin de recourir à la main d'oeuvre féminine.