Alors que Naoto Kan avait imposé un régime sec à sa nomination au poste de Premier ministre, les investissements du gouvernement reprennent. Première mesure, créer des emplois pour les jeunes. Deuxième, plus surprenante, favoriser le marché des produits culturels japonais.

Pour sortir de crise, le gouvernement japonais mise sur l'emplois et... les mangas. En juin, un cabinet a été créé pour promouvoir les produits culturels du pays à l'étranger. Hier, trois ministères ont annoncé son financement à hauteur de 2,7 milliards de yens, plus de 25 millions d'euros.
Le « Cool Japan » regroupe tous les produits culturels qui portent le pays au devant de la scène internationale depuis les années 70. Mangas, dessins animés, jeux vidéo et même cuisine, le monde entier connaît et reconnaît la touche japonaise.
L'expression « Cool Japan » était jusque là utilisée par les journalistes et les sociologues pour décrire la vague culturelle. Lors de la création d'un cabinet spécial en juin, le gouvernement japonais l'a employée pour la première fois.
« Sous le concept unique et bien connu du 'Cool Japan', le Bureau de promotion des industries créatives va promouvoir ces industries culturelles, en coopération avec le secteur privé, en facilitant son expansion à l'étranger et le développement des emplois », annonçait alors le ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie.
Développer le marché dans les pays émergents, inviter des artistes étrangers, financer les grandes expositions culturelles comme le Festival international du film de Tokyo, plusieurs projets ont été annoncés hier avec le soutien de deux autres ministères, ceux de l'Education et des Affaires Etrangères. Au total, 2,7 milliards de yens sont engagés.
Le Premier ministre Naoto Kan était pourtant avare en dépenses depuis sa nomination à la tête du gouvernement. Mais la reprise des investissement intervient en coordination avec la décision de la banque centrale du Japon.
Celle-ci annonce plus de souplesse dans sa politique de crédit afin de favoriser la reprise économique et contrebalancer la hausse du yen et l'effondrement de la bourse. Prévues pour la semaine prochaine, les mesures ont été adoptées précipitamment, alors que le yen affichait ce weekend son plus haut niveau en quinze ans par rapport au dollar.
920 milliards de yens investis pour contrer la crise
Cette stratégie était indirectement annoncée samedi par le Premier ministre, cité ici par le quotidien Yomiuri : « Les mesures économiques du gouvernement et la politique monétaire de la Banque du Japon sont inséparables ». La gouvernement et les entreprises ont besoin de fonds pour investir et relancer l'économie du Japon. La Banque du Japon peut les soutenir pour y parvenir.
Le responsable du Keidanren, la plus importante organisation patronale du Japon, a accueilli la nouvelle avec le sourire. « Cette décision intervient au bon moment par rapport aux nouvelles mesures économiques envisagées par le gouvernement », déclarait-il à la chaîne de télévision publique NHK.
Car, au delà des produits culturels, Naoto Kan estime que la reprise de l'économie passe par l'investissement sur l'ensemble du marché. 920 milliards de yens (8,5 milliards d'euros) vont en tout être débloqués pour le reste de l'année fiscale 2010, rapporte l'agence de presse Kyodo.
Une grande partie sera allouée à l'emplois des jeunes diplômés. « La première chose que nous devons faire pour restaurer l'économie est de booster l'emploi. La seconde est aussi de booster l'emploi », martelait le Premier ministre ce weekend.
Le plan d'investissement d'urgence de grande ampleur entre en contradiction avec le régime draconien préconisé par Naoto Kan à sa nomination à la tête du gouvernement.
Comme souvent, le changement de cap intervient à l'aube d'une élection. Le 14 septembre prochain, Ichiro Ozawa, ancien secrétaire du Parti Démocrate du Japon, tentera de prendre le poste de Naoto Kan, lors de l'élection interne pour la présidence du parti.
L'actuel Premier ministre et président du PDJ n'a cependant pas grand chose à craindre. Selon le dernier sondage du Mainichi, 78% des Japonais interrogés ce weekend souhaitent que Naoto Kan conserve son poste.