Les marchés américains, européens et japonais ne font plus recettes. Le Japon l'a enfin compris et augmente ses exportations vers les pays émergents. Les entreprises s'adaptent à la demande des marchés locaux.

A peine sorties de la crise mondiale, les grandes entreprises japonaises font déjà des bénéfices. Le meilleur exemple étant Toyota, qui ne cesse d'annoncer des chiffres positifs malgré un début d'année difficile causé par des rappels de véhicules en masse.
Le magazine The Economist pense avoir trouvé la réponse au succès japonais : les grandes compagnies ont enfin compris qu'il faut exporter vers les pays émergents pour combler un marché occidental morose.
Reprenant les chiffres de l'institut Nomura, l'hebdomadaire anglais observe qu'au cours de la décennies 2000, les exportations vers l'Amérique du Nord ont été divisées par deux et celles vers l'Europe ont chuté d'un tiers. Au contraire, le Japon vend trois fois plus vers la Chine et deux fois plus vers le Moyen-Orient.
Masayuki Naoshima, ministre de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie, appelle ça « la nouvelle frontière ». Les businessmen japonais préfèrent les acronymes Bric – pour Brésil, Russie, Inde et Chine – et Mints – pour Malaisie, Indonésie, Nigeria, Turquie et Arabie Saoudite.
Deux types de marchés en plein développement, très friands de technologie et de modernité. Ce que peuvent leur apporter les entreprises japonaises. A condition que celles-ci s'adaptent.
Des climatiseurs volumineux et colorés pour attirer l'oeil en Chine
Dans les usines Panasonic des pays émergents, seuls 10 à 20 % des produits vendus sont créés par des ingénieurs japonais. « C'est totalement révolutionnaire pour nous », s'exclame Hitoshi Otsuki dans The Economist.
A la tête des opérations extérieures de Panasonic, il explique que l'entreprise recrute désormais localement pour adapter les produits aux goûts locaux : « Si des ingénieurs japonais le faisaient, ils créeraient des produits japonais ».
Du coup, les réfrigérateurs indonésiens signés Panasonic laissent plus de place aux légumes et ont un gros compartiments pour les bouteilles d'eau de deux litres. Par tradition, l'eau est bouillie le matin pour devenir pure et est stockée au froid ensuite.
En Inde, les climatiseurs sont silencieux car ils sont allumés à longueur de journée. Alors qu'en Chine, vus comme un symbole du statut social, ils sont gros et colorés pour attirer l'oeil des voisins.
Il en va de même pour les constructeurs automobiles qui produisent localement des voitures moins chères en Chine, en Inde, en Thaïlande ou au Mexique.
Les « exportations » se portent tellement bien, qu'elles étonnent les spécialistes en économie et inquiètent le BusinessWeek pour les mois à venir. Avant juin et pendant sept mois, elles n'ont pas cessé d'augmenter, entraînant une inquiétante flambée du yen face au dollar.
« Etant donné que les exportations sont le seul conducteur de la reprise modérée de l'économie japonaise, cette expansion est appelée à ralentir durant les troisième et quatrième trimestres. Le force du yen est également une menace pour les profits des exportateurs », prévient Yoshiki Shinke, de l'institut de recherche Dai Ichi Life à Tokyo.
Les économistes pensaient aussi que les compagnies japonaises auraient du mal à se relever de la crise mondiale en 2008. Elles ont vraisemblablement trouvé une parade.